Agathe Dirani, ancienne du Master MEOSE

Agathe Dirani, étudiante en Master II MEOSE (Management et Evaluation des Organisations de Santé et d'Education, option Education) à l’uB, stagiaire à l’AFD (Agence Française de Développement)

Quelle a été pour vous l'importance du stage durant votre master ?

Le stage est un moment très important, d'autant plus qu'il peut représenter une grosse partie du temps de la formation. C'est le cas dans mon master, dont le calendrier est conçu comme celui d'un master en alternance. Il doit permettre de commencer à mettre en pratique les compétences visées par le master, par exemple dans mon cas d’utiliser  des logiques et outils d’évaluation ou de collecte de données dans un cadre professionnel. On découvre les difficultés sur le terrain et on peut s'approprier les méthodes de travail transmises en cours. Cela permet de savoir si on peut répondre aux attentes du milieu de travail en question, d'évaluer plus précisément les postes auxquels on peut prétendre et les compétences que l'on peut offrir, d'estimer son adaptabilité, mais aussi de définir les contextes de travail qui nous semblent les plus adéquats à nos attentes, notamment en termes de travail d'équipe. J’ai aussi pu préciser mon intérêt pour l’éducation au niveau international. Sans pour autant être sûre de faire ma carrière dans le secteur concerné, le stage m’a aidée à préciser mes centres d’intérêts professionels. En même temps, la formation permet de prendre du recul sur sa mission, de la replacer dans un contexte plus général, et de développer un sens critique autour de certaines actions menées (par exemple des évaluations conduites) ou sur  l’atteinte des objectifs d’une organisation.

Dans mon cas, j’ai aussi testé et conforté certaines compétences : travail en équipe, confrontation des perspectives, planification et méthodologie d’une étude en toute autonomie, organisation dans le travail, conduite d’entretiens,…

Agathe  mise aussi sur les signaux positifs que peuvent envoyer ses expériences lors d’une future recherche d’emploi. Elle se dit que  ses expériences et  rencontres peuvent aussi ouvrir des portes pour plus tard...

Comment vous êtes-vous organisée pour votre recherche de stage ?

Mes idées se sont forgées tout au long de mon parcours universitaire et j’ai finalement obtenu un stage qui fait la synthèse de mes deux masters (relations internationales et évaluation en éducation). Pour trouver mes stages, je me suis aidée des enseignements tirés de mes cours, de moments privilégiés avec certaines rencontres professionnelles dans les secteurs qui m'intéressent et de recherches internet sur des sites en relation avec mes projets.

Il faut en effet penser aux structures, aux partenaires, aux contacts qu’on a pu connaître sur des stages précédents, aux professionnels qui interviennent pendant sa formation (qui sont d’ailleurs parfois des anciens étudiants de la formation). A l’Institut d’Etudes Politiques à Bordeaux, j’avais par exemple gardé en tête le contact  d’une représentante de l’Institut International de Planification de l’Education , que j’ai contactée plus tard pour connaître les possibilités d’y réaliser un stage. Et lors de ce stage, j’ai réalisé des missions proches de celles exigées pour mon second stage, c’est de cette manière que j’ai eu l’idée plus précise de postuler pour le stage à l’AFD, sachant que je connaissais déjà cet organisme. Et il y a aussi les conférenciers, issus du monde professionnel ou de la recherche, qu’on a pu rencontrer durant notre parcours : discuter avec eux permet de recueillir leur avis sur telle ou telle institution, cela peut aussi nous aiguiller pour choisir notre stage. Cela permet d’avoir plus d’idées de structures d’accueil éventuelles et des informations sur ces dernières. Et puis il y a aussi les offres que peut nous envoyer le responsable du master ou les contacts qu’il a, en lien avec nos profils.

Entre étudiants de la même promo, on s’échange assez  fréquemment des offres. C’est la même chose avec les collègues d’anciennes promotions qui peuvent tomber sur des offres qui ne seront pas forcément utiles pour eux mais intéressantes pour quelqu’un d’autre. Moi aussi, il m’arrive d’envoyer des infos à d’anciennes amies si je sais que ça peut les intéresser.

Les parcours de nos amis comptent beaucoup.  Ils peuvent être aussi être utile pour se renseigner sur un stage : une fois reçue pour un entretien à l’AFD, j’ai contacté des amis qui avaient réalisé un stage là-bas (une au Liban, un en Guyane) pour avoir leur retour d’expériences et des informations sur les apports de leurs stages, même si cela n’apas pour autant été décisif pour moi.

Je consulte régulièrement des sites Internet en lien avec mon premier diplôme comme Civiweb, les sites des ONG, Coordination Sud, Euro Brussels,... A partir de ces sites je me suis créé des "alertes mails" pour recevoir directement les offres et même si je ne répondais pas vraiment à ces offres cela me donnait une idée des compétences attendues, des profils recherchés,... Sur les autres sites plus généralistes, il y a peu d’offres dans mon secteur de recherche, je ne les consulte pas.

Vous avez eu plusieurs expériences à l'étranger, pouvez-vous nous en dire plus ? En quoi est-ce un plus ?

Parmi l’ensemble de mes expériences et voyages à l’étranger, une seule était un stage encadré par une convention universitaire. Ce type d'expérience permet d'activer une langue étrangère en situation professionnelle, de comparer les situations de travail dans des cadres juridiques et économiques différents, de mettre en œuvre sa capacité d'adaptation. Cela apprend aussi à se "débrouiller", à "être indépendante". C’est aussi rassurant de voir qu’on peut travailler à l’étranger, répondre à un besoin sur le marché de l’emploi. Et quant aux rencontres, elles sont enrichissantes et sources de conseils, de petites clés, de précisions, qui font qu’on ose affiner un projet. Elles m’ont permis "d’oser croire à autre chose" que mon projet initial, de développer des compétences extérieures à mon parcours scolaire.

Quant à mon semestre au Québec, il m'a permis d'approcher un système universitaire faisant une place beaucoup plus grande aux étudiants, très actifs dans le processus de formation, très sollicités par les enseignants, la partie théorique de l'apprentissage résidant essentiellement dans les lectures personnelles, par ailleurs souvent sanctionnées par des examens. Le choix des cours et du cursus universitaire étant moins cloisonné qu'en France, cela permet de personnaliser son parcours beaucoup plus tôt, et pose beaucoup plus fréquemment la question de l'orientation. L'accès aux ressources y est aussi facilité (bibliothèque ouverte 24h/24, toute la semaine, pour les étudiants du niveau master ou doctorat). C’est très motivant.
Quels conseils sur la candidature donneriez-vous aux étudiants qui doivent faire un stage ?

La candidature va dépendre de la structure dans laquelle on postule. Mais de manière générale, un degré de professionnalisation de plus en plus fort est attendu du stagiaire. Il faut aussi être capable de se projeter dans les activités, avoir des convictions professionnelles, être force de proposition et capable de prendre des initiatives. Dans une candidature, il faut faire preuve de dynamisme. Et pour cela il faut retracer ses expériences passées et en extraire les activités pour lesquelles on a mobilisé les compétences attendues sur le stage auquel on postule. C’est à travers le descriptif de l’offre de stage qu’il faut identifier les compétences attendues.   En fait, il faut réinvestir ses expériences passées, les valoriser pour montrer qu’on a déjà fait un 1er pas vers ce type de mission , tout en restant honnête sur ses compétences.

Quant aux différentes possibilités pour faire parvenir ses candidatures aux recruteurs potentiels, j’estime qu’elles présentent  des risques et des atouts distincts. Il faut faire la différence entre la réponse à une offre de stage et la candidature spontanée. Dans le 1er cas, il y a une reconnaissance immédiate de la structure vis-à-vis du stagiaire, car celui-ci répond à un besoin formulé par la structure. Il y a une confiance accordée au stagiaire à partir du moment où il est retenu et l’intégration sera alors plus facile. Par contre, le risque est d’être cantonné à une mission qui ne fait pas forcément appel à toutes nos compétences. Dans le 2ème cas, le candidat devra être une véritable force de proposition. L’avantage est qu’il pourra définir un stage tout à fait en accord avec son profil. Mais dans ce cas, pour intéresser le recruteur,  il faut parfois insister davantage, rappeler plusieurs fois.

Agathe parle aussi spontanément de la place du stage dans son parcours, de sa dimension "pédagogique", et du positionnement parfois difficile à trouver entre stagiaire et salarié : "il ne faut pas perdre de vue que le stage est une période de formation et non d'emploi ; il faut être force de proposition tout en posant beaucoup de questions afin de favoriser la dimension "transmission de savoir". Il faut faire attention à la limite entre stage et salariat, le risque étant que certaines structures aient les mêmes exigences pour un stagiaire que pour un salarié. Si le stage n'est pas à la hauteur des attentes du stagiaire, il faut le faire savoir rapidement et avec délicatesse. Mais même un stage décevant apprend souvent beaucoup sur les différents types de cultures organisationnelles, et il peut s'avérer plus formateur qu'on ne le croit. Il faut aller jusqu’au bout, ça permet de toute façon d’avancer dans nos choix."