Fabrice Dumont, ancien de Sciences et Techniques

Après une licence puis une maîtrise de chimie, Fabrice a poursuivi sur DEA avant de décrocher un emploi de « Business Development Manager » au sein d'une société japonaise. 

Quel a été votre parcours à l'uB ?

Je suis arrivé en 1990 à l’université de Bourgogne pour faire un deug A « Maths, Physique et Chimie » que j’ai poursuivi par une licence de chimie puis une maitrise et ensuite le DEA de Chimie-physique, un diplôme spécialisé dans la chimie liée à des propriétés physiques, on travaillait sur de la diffusion, de l’électrochimie, sur les différents types de spectroscopie : comment sont disposés les atomes entre eux, les liaisons, … c’était très complet.

En parallèle du DEA, j’ai passé du temps en laboratoire pour des travaux de recherche dans une équipe du laboratoire de synthèse et d’électro-synthèse organo-métalliques (LSEO) de l’université. Et c’est naturellement que j’ai poursuivi par une thèse dans cette même équipe sur la synthèse et la caractérisation de polymères résistants à des hautes températures. J’ai soutenu ma thèse en 2000.

Pourquoi avoir choisi cette spécialité de formation ?

Je n’avais pas l’envie ni le niveau pour aller en classe prépa. Et dans mon esprit le DUT ne me permettait pas d’aller très loin, je pense que je me trompais.
Je me suis donc dirigé vers une filière fac.

Pendant mes deux premières années d’étude, je me suis rendu compte que ce qui me plaisait c’était la chimie organique et comme avec un DEUG on ne pouvait pas faire grand-chose, j’ai décidé de continuer mes études. J’avais plusieurs idées en tête à ce moment-là, peut être aller en école d’ingénieur. Puis, au fur à mesure du temps, et avec le plaisir de travailler dans les laboratoires, je suis allé jusqu’au doctorat mais ce n’était pas du tout mon objectif au début de mes études ! A l’époque il n’y avait que très peu de débouchés dans la chimie, c’est vraiment par goût personnel que je suis allé dans cette filière.

Quel emploi occupez-vous actuellement ?

Je suis « Business Development Manager » au sein de Nitto Denko, une société japonaise qui a deux activités principales : leader mondial des films polarisants pour les écrans LCD et fabriquant d’adhésif pour des applications industrielles.

Mon travail consiste à étudier le marché en Europe pour identifier des partenaires ou clients potentiels susceptibles d’être intéressés par les solutions de notre service R&D au Japon.

Quel est votre parcours professionnel ?

Mon tout premier poste quand j’ai terminé ma thèse était un poste de chef de projet R&D chez un équipementier automobile (Federal Mogul). J’ai eu cette fonction pendant 3 ans et demi. Dans cette même société j’ai évolué vers le poste d’ingénieur d’applications pour des écrans thermiques toujours pour l’automobile.

Ensuite, j’ai changé de société pour une société allemande (Carcoustics) pendant 2 ans où j’étais Ingénieur commercial du constructeur Renault/Nissan. J’ai commencé à ce moment-là à basculer vers des missions plus « clients et vente » même si j’avais toujours des missions techniques. Je suis enfin rentré chez Nitto Denko en 2008 où j’ai commencé par être Responsable Grands Comptes pour le marché des fabricants de papiers et des imprimeurs. Il fallait proposer des solutions techniques aux clients mais aussi trouver des nouveaux clients : la vente tout en apportant des conseils techniques !

J'ai ensuite évolué vers le marché du Bâtiment et était en même responsable du compte Saint Gobain (vitrages, produits de construction) où j'ai été ammené à développer mon réseau puisque j'ai commencé avec un seul contact début 2008 et que j'ai réussi à créer des liens avec différentes divisions de cette société et notamment avec leur centre de recherche.

Depuis bientôt un an, je suis « Business Development Manager ».

J’ai changé plusieurs fois de postes depuis le début de ma carrière. A toutes les fois, c’était des opportunités en interne ou de nouvelles offres que j’identifiais notamment sur des sites d’emploi.

Comment avez-vous fait pour trouver votre premier emploi ?

J’ai beaucoup consulté les sites internet pour trouver mon premier emploi, même si à l’époque ce n’était pas aussi développé ! J’ai répondu à pas mal d’annonces. J’ai obtenu mon premier poste de chef de projet R&D en réponse à une offre de l’APEC.

Une petite anecdote pendant un entretien : le recruteur, un directeur de laboratoire de recherche industriel, m’a mis au tableau et m’a demandé de parler et d’argumenter sur un sujet : c’était son propre sujet de thèse ! Pas évident !

Quelles sont les démarches ou les techniques importantes à connaître pour réussir sa recherche d’emploi à votre avis ? De quels outils vous êtes vous aidé ?

Je pense qu’il ne faut pas hésiter à aller sur des sites d’emploi pour trouver des annonces. Je ne crois pas trop aux candidatures spontanées. J’ai toujours postulé à des offres précises ou parce que quelqu’un m’avait parlé d’une annonce.

Il faut ensuite bien choisir les offres sur lesquelles on postule. Il faut cibler les offres pour lesquelles on a des compétences et surtout de l’intérêt. Aller sur des postes juste « parce qu’il faut manger » n’est à mon avis pas une très bonne idée !

Au moment de l’entretien, il ne faut pas hésiter à bien dire comment on voit les choses. Lors de mon entretien pour mon dernier poste, on m’a dit que je devrais passer 3 nuits par semaine hors de chez moi, j’ai tout simplement dit que ce n’était pas possible. On a abordé le sujet et l’entretien a malgré tout abouti. Il ne faut pas passer sur des choses rédhibitoires.

Les réseaux sociaux peuvent aussi aider. Je suis pour ma part sur LinkedIn et je pense que les étudiants doivent s’y mettre et déjà commencer à constituer leur réseau en entrant en relation entre eux pour commencer.

Il y a énormément de recruteurs sur LinkedIn et j’ai déjà été contacté plusieurs fois. Entretenir ses réseaux, ses contacts, je ne voyais pas trop ce que c’était quand j’étais étudiant et je me rends compte aujourd’hui à quel point c’est important !

Quels sont les éléments de votre parcours que vous avez le plus valorisés dans vos candidatures (formation, stages, expériences, activités personnelles, etc) ? Pourquoi ?

Forcément ma formation de base de chimiste. L’entreprise qui me recrutait voulait un chimiste !
La deuxième chose : ce sont les langues étrangères. L’anglais est primordial. J’ai fait un stage pendant ma thèse de trois mois en Angleterre dans un laboratoire. Pendant toutes mes études j’ai aussi suivi des cours d’anglais gratuits proposés par l’université. C’était une option une fois par semaine, on était 5 ou 6 avec une professeure américaine.

Dans tous les entretiens que j’ai passés, une partie s’est déroulée en anglais. Toutes les entreprises qui ne sont pas franco-françaises vont vous faire une partie de l’entretien en anglais. Il ne faut pas avoir peur de le parler. Et si en plus on maitrise une autre langue c’est encore mieux !

Le fait d’avoir fait un stage à l’étranger plait beaucoup aux industriels, même un stage de 2 mois. Le top c’est une année mais un stage c’est déjà très bien. Ça montre que vous savez vous adapter à une autre culture.

Qu’est ce qui vous passionne dans le métier que vous faites ?

C’est tout le côté technique mais aussi et beaucoup les différents contacts avec les clients, les partenaires. J’aime parler des projets et comprendre pourquoi un projet n’a pas abouti. Les voyages aussi ! J’ai beaucoup voyagé dans mes différentes missions. Quand j’étais ingénieur d’applications, j’ai fait tous les pays d’Europe. J’ai aussi eu l’occasion d’aller deux fois aux Etats-Unis et j’espère partir bientôt au Japon.

Quelles sont les principales compétences (techniques/humaines) qu’il faut avoir à votre avis pour ce travail ?

Il faut être curieux et il faut savoir comprendre rapidement des sujets nouveaux même si cela ne fait pas parti de mes compétences de base. Même en n’étant pas spécialiste d’un domaine, je dois pouvoir aller discuter avec des personnes sur un projet.

Il faut aussi avoir de l’empathie et créer des liens rapidement avec les contacts pour comprendre les attentes, les projets du futur client. Il ne faut pas être froid, timide ou distant. Il faut vraiment savoir écouter. A ce titre, mon doctorat me permet de parler avec des chercheurs facilement.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés dans leurs démarches d’insertion professionnelle ?

D’abord et comme je l’ai dit : maitriser une langue étrangère ! L’anglais de préférence qui est la langue internationale !

Je conseillerais aussi aux jeunes chercheurs de participer à des manifestations comme les Doctoriales à l’époque. Il s’agit d’activités de professionnalisation organisées par l’uB. Je me rappelle avoir fait un PPP (Projet Personnel et Professionnel) et il était ressorti que j’avais plus un profil commercial ! C’était souvent le samedi, mais ça m’a énormément aidé. J’ai pris de mon temps personnel pour comprendre ce que les entreprises attendaient.

Dans le cadre des Doctoriales, j’ai également suivi des « stages » à l’Abbaye de Cluny où on apprenait à se présenter, à présenter un projet devant tout le monde pour apprendre à structurer les choses, parler, …

Au moment de la recherche à proprement parler, je conseille de ne pas cibler les entreprises dont on entend toujours parler. Les entreprises dans lesquelles j’ai travaillé, je n’en avais jamais entendu parler avant et pourtant ce sont de très belles entreprises : Nitto Denko est un leader mondial qui emploie 30 000 personnes dans le monde.

On peut avoir une idée du secteur d’activité et rechercher ensuite des entreprises grâce à des outils comme Kompass.

Je pense qu’il est aussi intéressant de s’intéresser au monde de l’entreprise pour comprendre comment il fonctionne. Il est possible de lire certains articles, par exemple dans la revue Challenge. On attend d’un candidat qu’il connaisse le monde de l’entreprise : qu’est-ce qu’une entreprise, les particularités : cotés en bourse ou pas, les entreprises internationales, etc.

Et enfin connaitre l’actualité sur l’entreprise, il faut se renseigner avant un premier entretien. « Pourquoi vous voulez entrer chez nous ? » est la question classique. Il faut connaitre l’entreprise, c’est hyper important.

Sur l’entretien : ne jamais mentir, être le plus franc possible. Le maitre mot c’est la franchise. Et être le plus détendu possible, je me suis rendu compte que ça changeait beaucoup de choses dans l’attitude !