Hélène Montaldi, ancienne du Master Lettres modernes et du Master Culture

Après un bac littéraire et une licence de Lettres Modernes, Hélène Montaldi a préparé le CAPES pour être professeur dans le second degré.

Pouvez-vous retracer votre parcours ?

Depuis  la réforme des métiers de l’enseignement en 2010, il faut un master pour se présenter au concours, je me suis donc inscrite en M2 enseignement. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me poser beaucoup de questions sur mon orientation professionnelle. Je ne savais pas ce qu’il était possible de faire avec mon parcours, en dehors de l’enseignement. Je me suis donc réinscrite en Master recherche Lettres Modernes, et me suis entretenue avec la responsable de l’année, Mme Léoni, professeur de littérature française à l’Université. Elle m’a dirigée vers le SIO. Puis j’ai rencontré Marielle Bossu au bureau d’Aide à l’Insertion professionnelle de la PFIP.

Ayant suivi une spécialité théâtrale en licence et une formation musicale plus jeune, elle a mentionné l’idée de m’orienter professionnellement dans le domaine de la culture, ce que je n’avais jamais osé tenter. C’est un milieu qui me semblait très fermé.

Tout en suivant le Master 2 Lettres Modernes recherches, j’ai été en stage à l’Opéra de Dijon (dans le cadre d’un stage facultatif que l’on peut faire dans n’importe quelle filière en demandant simplement une convention à la scolarité) : le master laissait du temps pour la rédaction de mon mémoire, j’ai choisi de décaler son rendu à la rentrée afin de commencer l’insertion dans la vie professionnelle avec ce stage puis en continuant l’été avec un CDD à l’Opéra. À l’issue, l’Opéra m’a proposé de poursuivre avec un contrat de professionnalisation. J’ai donc  suivi un second Master, dans l’administration culturelle (« Ingénierie des métiers de la culture » à l’IUP Denis Diderot). Tout ce temps-là, j’ai travaillé auprès de Stephen Sazio, dramaturge.

Quel emploi occupez-vous actuellement ?

Après cette année en alternance, l’Opéra m’a proposé un contrat pour le poste d’assistante à la dramaturgie et au développement culturel, que j’occupe actuellement.
Je travaille d’un côté au sein du service Dramaturgie, là où l’on essaie de créer du sens pour le spectateur, de faire le lien entre l’œuvre et le public.

Nous mettons en place des avant ou après concerts, nous concevons les programmes de salles vendus, nous créons également des anthologies de textes en rapport avec la saison, nous avons même publié un livre sur le violon l’an passé (Le violon italien, une seconde voix humaine, en collaboration avec Harmonia Mundi).

C’est tout un travail d’édition, cela peut aller de la commande de texte à un professeur-chercheur ou musicologue lorsque l’on a besoin d’un outil très pointu, à des entretiens avec des membres de la maitrise d’œuvre artistique, en passant par la rédaction des arguments d’opéra ... Il y a beaucoup de recherche littéraire.
 
D’autre part, il y a le service Développement Culturel, qui va vers les publics qui ne viendraient pas d’eux-mêmes, parce qu’ils sont éloignés du monde de la musique et de l’opéra pour différentes raisons. Cela comprend les scolaires, les étudiants, les personnes en situation de handicaps, les personnes en situation de fragilité ou de détresse sociale.  J’y travaille depuis cette saison aux côtés de Julia Dehais. Nous accompagnons ces publics dans de nombreux projets créatifs et participatifs puis nous organisons leurs venues aux spectacles.

Pour les scolaires, nous proposons des projets spécifiques, dans une démarche participative, toujours liés à leur venue à l’Opéra.  Nous concevons des dossiers pédagogiques destinés aux enseignants, avec l’aide de professeurs missionnés, qui aident à la préparation des élèves.
 
Nous nous occupons également du public étudiant avec des soirées dédiées : le service propose des spectacles en première série à 5,50€ la place avec une rencontre autour un verre offert. Ma responsable a souhaité me confier particulièrement  cette mission car je sors tout juste du milieu étudiant. Je vais donc dans différentes promotions présenter cette proposition, et j’organise leur venue.

Pour les publics plus fragiles, nous organisons des rencontres, des visites. Lorsqu’ils ne peuvent pas se déplacer, nous venons à eux, comme pour la tournée des chœurs de l’Opéra, qui se déplace dans différentes structures et associations de la Ville.

Nous avons également tout un travail concernant les personnes en situation de déficience visuelle, notamment avec l’audiodescription sur certains opéras.

Ces deux postes sont assez différents : il y en a un où il s’agit plus de terrain, de rencontre avec les publics, et l’autre qui se centre plus sur la recherche. Mais finalement, concevoir un programme ou un dossier pédagogique, cela se rejoint.

Et puis certains projets sont liés, par exemple nous travaillons actuellement sur un livre écrit par des enfants qui sensibilise à la création d’un opéra.
Les deux pôles pour lesquels je travaille se sont regroupés en 2012 pour ne former qu’un service : « Dramaturgie et Développement Culturel ».

Comment avez-vous trouvé votre stage, votre emploi ?

Mon stage, je l’ai trouvé avec l’aide de Madame Léoni : sachant que j’étais à la recherche d’un stage lors de mon master de recherche, elle m’a fait suivre des propositions que les structures lui envoyaient pour ses étudiants en Master édition. L’Opéra recherchait un profil plus éditorial je crois. Il s’agissait en premier lieu de négocier des droits d’auteur pour l’anthologie de textes. Je n’avais d’abord pas osé répondre, ne pensant pas correspondre  à ce qu’ils recherchaient.

C’est en fait Marielle Bossu qui m’a fait remarquer que j’avais a priori les compétences attendus pour ce genre d’offre de stage. J’ai envoyé ma candidature et ça a plus que fonctionné ! D’ailleurs dès mon premier entretien, Stephen Sazio avait mentionné être intéressé par ce côté littéraire de mon profil, puisqu’il avait dans l’idée d’être  épaulé dans son rôle de dramaturge pour la saison à venir. Pendant mon stage, je travaillais uniquement pour la Dramaturgie. C’est lors d’un départ dans le service du Développement Culturel que tout a été restructuré et que j’ai aussi rejoint ce service.

 

Quelles sont les démarches ou les techniques importantes à connaître pour réussir sa recherche d’emploi à votre avis ?

Je pense qu’il faut avoir un CV bien travaillé en plus de bien présenté. Il y a des éléments que l’on ne pense pas à mettre en avant, alors qu’ils peuvent être décisifs. Ce sont des outils que l’on a tendance à négliger, notamment en cas de candidatures spontanées que l’on envoie à plusieurs structures. Pour ma part, j’ai été aidée par le service d’aide à l’insertion professionnelle de l’université qui propose des modules, entre autres au niveau Master. J’ai ainsi appris à réellement adapter une candidature en fonction du poste demandé.

Par contre, je ne me suis pas servi de ce qui est Internet, sauf bien sûr pour m’informer au moment de mes candidatures de stage. L’Opéra, je connaissais, étant dijonnaise et ayant suivi une formation musicale. Je me suis tout de même rendue sur le site, il m’est inconcevable de faire une lettre de motivation à une structure sans avoir un maximum d’informations.

Quels sont les éléments de votre parcours que vous avez le plus valorisés dans vos candidatures ?

J’ai mis l’accent sur les années au conservatoire, la pratique de la musique, la formation théâtrale. J’ai également valorisé mon mémoire de Lettres Modernes bien entendu. Je crois que ces approches artistiques, littéraires, cumulées avec les stages que j’avais effectués dans l’enseignement, tout cela peut former un profil culturel intéressant. Il n’y a plus vraiment de théâtre à l’Opéra de Dijon, mais j’ai quand même mis l’accent sur ce point de mon parcours car je voulais montrer une ouverture culturelle et la spécialité de mes études : tout ce qui fait un petit plus par rapport à une autre candidature,  c’est ce qu’il faut mettre en avant.

Le fait que je connaisse la musique, que je sache lire une partition, même si je ne suis pas « professionnelle » de la musique, c’était important. Par exemple, pour les programmes salle, il faut préciser les découpages de mouvements : faire un peu de musique, ça facilite les choses dans ce cas. Je pense que chacun à des particularités à mettre en avant que l’on ne voit pas forcément tout de suite. Et travailler avec des personnes qui sont là pour vous conseiller, ça aide.

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?

Ce qui me passionne c’est que j’ai la chance de faire un métier où je n’arrête jamais de me former: dans le domaine musical, littéraire, historique... Je continue beaucoup la recherche. Continuer à apprendre même après ses études, ça me plait beaucoup.
La rencontre avec les publics, c’est quelque chose qui me plait aussi énormément. Se sentir autant utile aux personnes éloignés de la musique classique pour des raisons diverses est extrêmement gratifiant.

Lorsqu’on les entend nous dire que depuis qu’ils sont venus à l’Opéra, ils en rêvent la nuit, lorsqu’un éducateur nous dit qu’il a vu sourire un adulte pour la première fois ici, on ne peut qu’apprécier son métier !
Enfin, ce qui est passionnant dans le domaine du spectacle vivant, c’est la diversité des activités : tous les jours, on fait quelque chose de différent.

Quelles sont les principales compétences qu’il faut avoir à votre avis pour ce travail ?

C’est un travail qui demande beaucoup d’organisation : on prépare les évènements à venir tout en travaillant sur les spectacles du moment. Il faut être très disponible, prêt à travailler en soirée, en week-end. À côté du travail, pour le plaisir, on va voir les concerts, les opéras… ce qui fait que l’on est très souvent dans les lieux !

Mais c’est passionnant : on a la chance de voir énormément de spectacles de qualité. Il faut aussi une certaine curiosité: on peut travailler sur des programmes qui ne plaisent pas forcément à un niveau personnel, mais il ne faut pas hésiter à s’intéresser à tout.


Il y a aussi une conscience à avoir du travail qu’il y a à fournir : il y a cette idée reçue que dans la culture on s’amuse beaucoup. Certes c’est un travail qui apporte beaucoup de plaisir, mais on s’imagine difficilement tout le travail qu’il peut y avoir derrière un simple projet.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés dans leurs démarches d’insertion ?

Je conseillerai de ne pas se donner trop de limites dans sa recherche, dans le sens où l’on peut passer à côté de beaucoup de belles possibilités. Un poste qui a prori ne correspond pas  exactement ce que l’on souhaitait peut en fait se transformer avec le temps, les opportunités à venir. Il ne faut pas hésiter également à entrer dans le monde professionnel avant la fin de ses études, quitte à cumuler les heures, cours, rédaction de mémoire, stage... c’est faisable ! Lorsqu’une opportunité se présente, il faut la saisir tout de suite.
 
Selon moi, le plus important, surtout dans la culture, c’est de rentrer dans ce milieu quelle que soit la porte que l’on prend. C’est un tout petit réseau, et c’est en l’intégrant, à n’importe quelle place, que l’on va pouvoir se faire connaître pour autre chose. Je pense aussi que c’est important de ne pas perdre de temps, qu’il faut vraiment se mettre dans le milieu dans lequel on veut travailler, rencontrer des gens, voir ce qu’il existe : le jour où un employeur cherche quelqu’un, il pourra penser à nous.  C’est important de ne pas rester chez soi à seulement faire des candidatures.

Si je n’avais pas eu de poste, sans hésiter j’aurais été bénévole dans une ou plusieurs structures culturelles de Dijon. C’est beaucoup plus difficile de trouver du travail pour quelqu’un qui ne fait pas parti des réseaux que pour quelqu’un qui est connu : on voit très bien que les gens passent ainsi d’une structure à l’autre.